17 novembre 2012

Gains - Richard Powers


Boston, 1830. La famille Clare fonde une usine de savons et chandelles.
1998, Lacewood, Illinois. Laura vit et travaille dans cette ville qui n'existe que par la présence du siège social de la multinationale Clare.

Pendant plus de 600 pages, Richard Powers nous conte l'histoire d'une famille d'entrepreneurs l'évolution de leur entreprise en parallèle avec l'histoire économique et industrielle des Etats-Unis, pays qui mise tout sur le progrès.
Richard Powers s'est extrêmement documenté mais sait garder une distance sur les évènements décrits. Il décrypte l'influence du progrès sur la société, 
"Beaucoup d'espoir dans ce progrès mais qu'en est -il aujourd'hui ?" (p 163.)
"Car l'œuvre de Dieu n'était rien en comparaison de ce que l'Amérique se proposait de faire maintenant, armée de son feu prométhéen" (p 164.)
le rapport entretenue avec les "Natives", l'entreprise étant considérée comme civilisatrice.
"Dans tous les domaines, le travail et la planification prenaient le pas sur la cueillette hasardeuse et nonchalante. La simple relation parasite qui unissait l’aborigène à la nature avait été mise en déroute et conduite de force vers les territoires, où elle resterait confinée. Le Peau-Rouge était fini." (p 210.)

Frida Kahlo "Autoportrait à la frontière entre le Mexique  et les Etats-Unis"
Il montre également la place de la religion chez ces entrepreneurs. La religion qui a été à l'origine d'une morale (toute relative) dans les affaires. Jusqu'à ce que la concurrence finisse par donner tous les droits aux entrepreneurs sans mauvaise conscience. Et le début du Dieu croissance. On arrive alorsau temps du travail à la chaîne (tel que décrit dans "le dictateur" de Charles Chaplin )


puis à la délocalisation et à l'essor du marketing. Et toujours plus de croissance.

"Que le produit soit utile ou de bonne qualité n'avait rien à voir à l'affaire. Ce qui comptait, c'était ce dont le public s'imaginait avoir besoin." (p 579.)

En parallèle, l'histoire de cette femme, Laura, qui se découvre atteinte d'un cancer. Est-ce dû à tous ces produits chimiques ? Laura est une femme plutôt vine intégrée à la société. De la classe moyenne, agent immobilier, elle ne remet pas en cause le mode de vie moderne occidental. Mais avec la maladie, elle commencera à se poser des questions.

L'histoire étant très documentée et basée sur des faits réels, je me suis demandée par moments si j'étais vraiment en train de lire un roman ou bien un essai déguisé. Même si j'aime les roman plus imaginatifs, je dois dire qu'en plus de l'intérêt du propos, Richard Powers a une écriture très agréable et inventive. Ses phrases sont souvent très pertinentes. Le roman est également bien construit avec l'imbrication des deux histoires, ainsi que des scripts de pub intercalés entre les chapitres.
Richard Powers écrit également avec beaucoup de détails. Chaque nouvelle invention de savon ou lessive est décrit jusque dans sa formule chimique. C'est que Richard Powers, avant d'être écrivain est un scientifique. Si parfois tous ces détails ont pu me perdre, j'apprécie énormément le fait qu'il considère ses lecteurs comme
suffisamment curieux et intelligents pour s'y intéresser, et surtout qu'il ne tombe pas dans le facilité d'alléger son propos pour plaire soi-disant au plus grand nombre.

Le propos est dur et soulève beaucoup de questions. A t-on besoin de tous ces produits qu'on nous vend à grand renfort de publicité ? Le prix à payer pour notre confort n'est-il pas trop élevé ? Mais a t-on vraiment le choix ? Même si on sait qui empoche les gains...

J'essaye de trouver quelques alternatives depuis quelques années. Et ce livre m'a confortée dans ce choix. Si aujourd'hui cette attitude est de plus en plus répandue, il faut savoir que Gains a été écrit en 1998 (et traduit seulement cette année). Je pense que j'aurais encore plus appréciée d'avoir ce livre entre les mains à cette époque.

Richard Powers
Gains
Cherche Midi
22 €
978-2-7491-0923-7

J'ai reçu ce roman dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire 2012. Je lui donne une note de 16/20.










7 commentaires:

  1. Un roman brillant, n'est ce pas? Powers fait confiance à l'intelligence de son lecteur pour se faire une opinion et il reste subtil.

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  2. Un roman qui confirme qu'il faut que je poursuive avec cet auteur.

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  3. Merci pour vos commentaires
    @Keisha : c'est vrai, c'es très bien exprimé.
    @Ys : Je vais également poursuivre avec "le temps ou nous chantions"

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  4. Il me faisait envie également. Mais dans le cadre d'une opération telle que critique de masse ou les matchs de la rentrée littéraire, les 600 pages m'ont un peu effrayé. Mais je sais que je les lirai un jour, sans cadre et contrainte de temps.

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  5. J'avoue qu'au début je le lisais un peu lentement (trop de travail) et j'ai eu quelques sueurs froides à l'idée de ne pouvoir le terminer à temps !
    Et de toute façon, tu as fait un très bon choix avec Home, un incontournable de cette rentrée !

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  6. Idem, il me tente bien mais 600 pages piouf !

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    1. C'est vrai qu'il est long ! Comme tous ses romans je crois.

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